DEUX EN UN

 

« Mesdames et Messieurs les jurés, lorsque vous apprécierez, pendant votre délibéré, la juste peine de mon client, vous vous souviendrez qu’en prison les jours et les années comptent double ».

Ainsi avais-je conclu ma première plaidoirie d’assises.

Sept ans !

Sept ans pour une bagarre entre ivrognes qui avait mal tourné, la sanction avait paru lourde à mon pochard d’accusé dont le hasard d’une commission d’office m’avait confié la défense.

Il avait quarante ans.

 

Comme beaucoup de mes camarades, j’avais à peine franchi la dizaine lorsque l’on m’enferma, pour sept ans, derrière les murs d’un pensionnat réputé pour la rigueur de sa discipline.

Autant que je m’en souvienne, je ne m’étais pourtant jamais bagarré ni enivré, mais l’on m’expliqua qu’il s’agissait d’expier les péchés que je n’avais pas encore commis et que ma condition humaine rendait inéluctables.

 

En amont de mes crimes à venir, il y avait de toute façon, le péché originel !

La discussion était close et le verdict sans appel.

Il est vrai qu’une horloge au grand air n’égrène pas les heures au même rythme qu’une pendule confinée et que la claustration étire les jours. et pourtant l’on y survit bien, et même très bien, tant l’internement de jeunes enfants décuple leur fraternité.

Je sais que des anciens élèves de mon collège, aussi célèbres que Volker Schlöndorff et Matthieu Carrière, ont dénoncé, avec leur talent de metteur en scène et d’acteur, la malveillance supposée des pensionnaires entre eux, mais je dois à la vérité d’écrire que mon expérience fut différente et que mes souffrances furent au contraire atténuées par une camaraderie toujours active cinquante ans plus tard.

 

Mes désarrois ne furent pas ceux de l’élève Törless 1.

 

1. « Les désarrois de l’élève Törless ». Film réalisé par Volker Schlöndorff.

 

 

« Τα Πάντα ῥεῖ ». « Tout coule ! Brouillet. Pas tout cool ! »

                                                                                                    Héraclite d’Éphèse